La question de la demande et la donne familiale dans la consultation

Cette question se pose de façon particulière car l’enfant se trouve dans une situation de dépendance et il se rend à la consultation psychologique accompagné par l’un ou les deux parents, frères et sœurs, tuteur, éducateur ou assistante maternelle ou par d’autres personnes de sa famille.La consultation a lieu du fait des conseils des adultes qui s’inquiètent pour l’enfant (entourage et professionnel).

1- La demande de consultation pour l’enfant portée par l’adulte.

L’enfant n’est souvent pas informé sur la fonction de la personne qu’il rencontre et sur la problématique de la consultation. Il est dans un état de dépendance face à son entourage. Il faut donc redonner une place à la parole pour l’expulsion de son désir et de sa propre demande.

Le clinicien doit se présenter à lui pour lui indiquer que lui-même (l’enfant) est un interlocuteur comme les autres, quelqu’un d’à part entière et l’indiquer aux autres personnes qui entourent l’enfant. Le psychologue est à sa disposition et il ne le partage pas avec sa fratrie, ni avec ses copains. C’est un adulte qui se tait quand il parle, qui porte un intérêt majeur à son discours. C’est donc une expérience nouvelle à laquelle est confronté l’enfant, quelque chose d’étrange, excitant mais aussi d’inquiétant pour lui.

Il faut prendre en compte les effets et les réactions de la famille qui vont être des indices des modes de relation qui les unis avec leur enfant (voir si les parents peuvent accepter l’intervention d’un tiers ou s’ils vivent cela comme une intrusion et dans ce cas, le psychologue apparaît comme une menace potentielle).

Il existe des parents qui se désengagent et qui restent silencieux. L’enfant peut être abandonné par ses parents dans la salle d’attente c’est donc des situations paradoxales car ils emmènent leurs enfants puis se retirent. C’est donc des situations insécurisantes pour l’enfant car il est comme livré à la consultation. Ce désengagement relève souvent d’une attitude défensive : ils redoutent la rencontre avec le clinicien. Cela traduit aussi une difficulté à assumer leurs compétences parentales, leurs responsabilités parentales.

Il se peut aussi que la consultation soit présentée comme un contexte punitif pour l’enfant. Dans ce cas la demande est portée par l’adulte.

La consultation psychologique de l’enfant pousse vers un remaniement sur le plan psychique mais aussi elle a un effet de remaniement sur l’économie familiale.

2- Les attentes parentales à l’égard de la consultation de l’enfant.

Cela engage aussi la demande des parents. La demande prend une forme où elle relève d’un espoir, d’une réponse rapide, d’un sentiment d’urgence et ils ne semblent pas préparés à être interrogés sur leur histoire.

Il y a des attentes de conseils, un besoin d’être rassuré sur leurs compétences parentales. Les parents se sentent comme démunis face à leur enfant qui souffre c’est donc une grande blessure narcissique qui les confrontent à un sentiment d’impuissance qui les déstabilisent.

Il est important de ne pas répondre à l’attente des parents (pas de conseils, pas de réponses) car si on donne des conseils, on apparaît dans une attitude parentale idéale. Il faut donc revaloriser les parents en ne donnant aucun conseil.

Le psychologue doit résister à la tentation narcissique d’adopter une position de maître du savoir, de toute puissance et éviter l’étalage de ses connaissances et des interprétations sauvages.

Il faut éviter de se poser en distributeur de conseils éducatifs sinon on prend la place du parent idéal et cela provoque donc un sentiment de rivalité avec les parents de l’enfant ce qui va parasiter la prise en charge de ce dernier. Ce serait en plus, quitter l’attitude clinique.

Les parents sont confrontés à une blessure narcissique car l’enfant est blessé et ils doivent recourir à un tiers pour aider leur propre enfant. La consultation est toujours placée sous le signe de l’échec de la fonction parentale en corrélation avec les projections parentales.

Les parents se considèrent comme de mauvais parents et se sentent fautifs de la souffrance de leur enfant même sans connaître la faute.

Si le climat est sécurisant avec le psychologue alors les parents témoignent de leur détresse et peuvent aborder la souffrance, la question de la blessure narcissique. Certains parents peuvent témoigner tout de suite de cette souffrance.

Parfois, des parents revendiquent qu’ils n’ont rien à voir avec la souffrance de leur enfant.

Le sentiment de blessure narcissique que peuvent éprouver les parents, va entraîner de la méfiance à l’égard du clinicien et le psychologue va devenir à la fois menaçant et rejetant. Les parents attendent généralement des réponses clé en main et reprochent au psychologue parfois son incompétence. Le psychologue va donc prendre les traits du mauvais psychologue. Il existe donc une certaine forme d’agressivité à l’égard du clinicien de la part de certains parents.

Il faut donc une bonne capacité de la part du clinicien à accepter cette confrontation avec les parents, sorte de mouvement d’identification à cette attitude qui va par la suite, devenir apaisante, rassurante de la part des parents.

C’est une alliance à établir entre le psychologue et les parents sinon cela va droit vers un échec dans la relation avec l’enfant même, qui résistera dans le travail psychique et thérapeutique.

3- La dimension paradoxale de la demande.

Il y a un versant inconscient et un versant conscient dans la demande, ce qui inscrit cette demande dans un contexte d’ambivalence affective.

Il y a aussi un désir paradoxal de la part des parents car « il faut que ça change mais sans rien changer », c’est-à-dire que le psychologue doit entendre les affects et les contradictions inconscientes, les enjeux implicites et explicites de la demande.

La mise au travail débute dès la prise de rendez-vous. Commence alors le travail de temporalité avec la famille (il s’agit souvent d’un sentiment d’urgence de la part des parents que de faire consulter leur enfant). Il n’y a jamais d’urgence psychologique mais davantage des urgences psychiatriques.

Le délai d’attente est déjà un travail psychique. Il est donc important de prendre en compte la dimension du temps. De plus, ne pas répondre dans l’urgence ne signifie pas que l’on n’as pas conscience de l’urgence de la demande.

Il faut aider à dédramatiser la situation de détresse avec l’enfant et sa famille sur le caractère de la consultation.

Il faut éviter que les entretiens aient une fonction cathartique c'est-à-dire d’éviter la décharge émotionnelle libératrice liée à l’extériorisation d’un souvenir ou d’un évènement traumatisant et refoulé. Il ne faut pas considérer la demande de l’enfant comme celle pour un adulte. En effet, un enfant n’est pas un adulte. Pourtant dans les faits, on attend de l’enfant que la demande vienne de lui-même ou alors qu’il soit dans une situation trop infantilisante.

La demande de l’enfant s’exprime par le silence car il n’a pas encore acquis sa pleine maturité psychique, celle-ci n’est pas suffisante pour risquer sa parole dans un discours intime de sa souffrance.

Il est dur de rendre compte d’une souffrance mentale si l’enfant lui-même n’est pas conscient de cette souffrance. Il n’a pas de représentation de sa propre souffrance.

Le clinicien assiste l’enfant par la libre association des idées. Cette situation n’est pas commune pour l’enfant car il n’a pas l’habitude de cela surtout pour les enfants en phase de latence qui tiennent à protéger leur MOI, qui rigidifient leur défenses (à la différence du principe de la libre association des idées).

Le psychologue va devoir apprendre à décrypter la demande de l’enfant au-delà du champ verbal.

4- La demande et ses aspects institutionnels.

La question de la demande intervient différemment en fonction des acteurs concernés.

La dimension institutionnelle est toujours prégnante. Il faut savoir si l’enfant a déjà été vu par quelqu’un d’autre pour évoquer sa souffrance psychique.

Il y a souvent un emboîtement des demandes qui se mettent en scène.

Il est important d’avoir une alliance avec le clinicien.

Le travail d’équipe, au sein d’une institution, est donc essentiel sinon cela peut entraîner des « phénomènes de clivages » entre l’enfant, sa famille, le psychologue et l’institution. Il faut prendre en compte les plusieurs niveaux de la demande.

Il faut aussi savoir si la rencontre est imposée par l’équipe soignante ou les parents, si les frontières ne sont pas floues pour l’enfant entre les différents intervenants. Tous les éléments sont à considérer et à analyser.

Pour les institutions, on doit chercher à savoir si l’orientation de l’enfant résulte d’une décision d’équipe ou si l’enfant vient librement consulter le clinicien. La façon dont s’inaugure la consultation avec le clinicien est très importante pour le travail par la suite.

Quand la demande émane de l’équipe, il s’agit d’élucider si cette demande ne correspond pas à la souffrance même de l’équipe qui s’avère être en difficulté face à l’enfant. L’équipe va donc interagir dans le travail psychothérapeutique et cela peut mettre en échec le travail psychologique. Pour ce faire, il faut préciser à l’équipe que le travail va devoir être protégé, le psychologue ne leur dira pas tout. Protéger « le secret du théâtre privé » de l’enfant et préciser également à l’enfant que sa souffrance ne va pas être partagé avec l’ensemble de l’équipe.

La place des parents se trouve beaucoup plus en retrait au sein des institutions.

Ce sont les attitudes et les comportements de l’enfant qui font la demande car lui-même n’est pas à même de porter sa demande. L’expression symptomatique témoigne d’une demande d’aide qui vise à attirer le regard de l’adulte et de l’institution.

Les enfants qui ne veulent pas d’aide n’expriment pas de demande. Il faut entendre ce qu’il est de cette souffrance dans la forme dégénative de la demande. Il ne faut pas s’arrêter à la dimension négative de la demande mais entendre le discours inconscient. Il ne faut surtout pas laisser l’enfant sombrer seul dans sa souffrance. De plus, le contexte est toujours à prendre en compte car dans d’autres cas on pourra accepter la non demande de l’enfant.

Dans tous les cas, la demande naît de la souffrance psychique, il faut donc lui prêter attention, sans jugements avec une bonne distance ce qui exclut deux positions de la part du clinicien :

Toute familiarité excessive, toute attitude de confidence du psychologue.

Interdiction de tout mouvement de séduction et d’emprise sur l’enfant.

Le psychologue doit prendre en compte sa propre implication lors des entretiens. Dans la rencontre, il faut être attentif à ses propres mouvements identificatoires envers l’enfant et ses parents, sa fratrie aussi.

Le psychologue a à faire à des effets de transfert qui seront plus ou moins favorisés en fonction du dispositif de rencontre mis en place.

Le premier outil de travail de psychologue c’est lui-même et il doit donc être attentif à ses propres mouvements psychiques et il doit entretenir son outil en mettant à distance le travail, en ayant un espace tiers pour travailler son implication personnelle.

La mise en place de l’entretien clinique crée les conditions de rencontre spécifiques avec en son centre des enjeux.

L’entretien clinique avec l’enfant est souvent un entretien à plusieurs.