Le dessin et l'enfant

I- L’évolution du dessin

C'est une activité transitoire qui apparaît dès la 2ème année et qui se développe très rapidement les années suivantes, pour s'atténuer voir disparaître avec l'avènement de l’adolescence.

C’est donc une activité caractéristique de l’enfance, qui tient une grande place par la possibilité d’expression qu’il apporte à l'enfant jeune.

L'enfant peut exprimer par le dessin ce qu'il n’arrive pas à dire avec ses mots ou alors le dessin peut être considéré comme un témoin de l’évolution de l’enfant :

  • Une évolution psycho-motrice : puisque la qualité du graphisme dépend des ses possibilités psycho-motrice.
  • Une évolution intellectuelle car on y trouve des éléments significatifs de sa pensée. Par exemple, dans l’excès de centration puis dans la décentration de son point de vue.
  • Une évolution affective car l’enfant y projette sa façon d’être au monde, en y exprimant son vécu intérieur avec tous les conflits vécus et les angoisses non dites.

II- Les étapes du développement du dessin

Plusieurs auteurs se sont intéressés à l’évolution des caractéristiques des dessins avec l’âge.

Une des descriptions les plus complètes a été fourni par G.H. Luquet (1927).

Il a repéré différents stades.

1) Le stade du gribouillage : les 1ères traces graphiques

L’apparition de ces premiers tracés à la fin de le 1ère année est rendue possible par les progrès psycho- moteur.

Les premiers tracés correspondent à une décharge motrice : c’est juste la trace graphique laissé par la main. Ils n’ont pas de signification précise pour lui.

Puis un jour, spontanément ou à la suite d’une question de son entourage, il va attacher une signification à son dessin. Ce moment important le fait rentrer dans le 2nd stade :

2) Le stade du réalisme fortuit : l’attribution de la signification (la 3ème année).

La signification qu’il attribut à son dessin ne semble pas avoir de  rapport direct avec la morphologie du tracé, l’enfant peut même accorder à un seul dessin plusieurs significations, y ajouter a posteriori quelques éléments ayant pour but d’en augmenter le réalisme. Il y a dès lors l’apparition de l’intentionnalité graphique. C’est elle qui va marquer le passage au stade suivant :

3) Le stade du réalisme manqué : l’intention de représentation (la 4ème année).

La découverte de la possibilité de représentation de la réalité le conduit à rechercher des analogies entre les traits qu’il trace et des objets connus.  Même si par hasard, il y a une certaine adéquation entre ce qu’il veut représenter et ce qu’il arrive à dessiner, il y a encore un assez grand écart entre intention et réalisation : du fait de ses possibilités limitées. On peut dire que dans ce stade, le plus souvent, ses moyens ne sont pas à la hauteur de ses intentions.

4) Le stade du réalisme intellectuel : montrer ce qu’on sait du réel (entre 4 et 8 ans).

La convergence de ses progrès moteurs, de ses connaissances et des progrès de son analyse entraînent un progrès rapide de ses dessins qui deviennent de plus en plus précis, complets, dynamiques. Ce sont désormais de véritables récits de son expérience, de ses connaissances.

Il utilise pour cela :

  • la transparence (exemple : l’intérieur de la maison est visible en même temps que l’extérieur, le bonhomme dans son lit est visible sous les couvertures).
  • le rabattement (par exemple, on va avoir un aplatissement des façades de maisons le long d’une rue, des oreilles décollées du visage, des pieds de la table, rabattus autour de la surface plane…)
  • la schématisation ( l’herbe, les cheveux sont représentés par des hachures, les vêtements peuvent n’être symbolisés que par quelques boutons sur le ventre du bonhomme).

Cependant, si les progrès de ses connaissances enrichissent ses dessins , dans lesquels l’enfant montre ce qu’il sait, pas ce qu’il voit, ils ne peuvent l’entraîner au delà des limitations de sa pensée. En effet, à cet âge, la pensée de l’enfant est fortement égocentrique. Donc il y a un excès de centration sur tel ou tel aspect de la représentation, et surtout une difficulté à coordonner des éléments. L’enfant juxtapose les éléments là ou il faudrait les coordonner. Par exple : le chapeau est posé au dessus de la tête et non enfoncé sur la tête, le train est représenté de profil sur des rails vus du dessus… C’est donc sur ce point que l’enfant va faire de nets progrès ensuite.

5) Le stade du réalisme visuel : montrer ce qu’on voit du monde (de 9 à 12 ans)

En quelques années, les progrès de la maturation perceptive et intellectuel chez l’enfant vont lui permettre de donner une représentation la plus objective de la réalité. Il y a un effort permanent d’ajustement au réel. Par exemple, il utilise désormais deux ou trois dimensions pour rendre compte de la profondeur.

Le dessin à ce stade, n’a plus la valeur expressive qu’il avait dans les années précédentes parce que l’enfant sait se faire comprendre avec les mots.

 A cette époque, certains enfants prennent conscience de la difficulté à rendre compte objectivement de la réalité dans un dessin, ne maîtrisent pas bien les techniques qui les y aideraient, et peuvent se désintéresser de ce mode d’expression qui ne les satisfait pas. Leur production graphique s’appauvrit et diminue progressivement. D’autres au contraire, vont continuer de progresser dans ce mode d’expression et représentent alors des aspects nouveaux : tels la stylisation, la caricature, les sentiments, l’abstraction