La rencontre clinique avec l’enfant.

Dossiers:
La rencontre clinique avec l’enfant.

L’entretien clinique à plusieurs

1-    La place privilégiée du premier entretien clinique

Le premier entretien occupe une fonction particulière car elle est à l’origine de la relation, elle inaugure la relation, la consultation. C’est là que sont déposés les premiers éléments de la demande.

Elle  a une valeur spécifique car elle va déterminer la suite et l’évolution de la rencontre. Ce premier temps de rencontre établie dans un climat favorable. Tous les ingrédients fondamentaux de la problématique du sujet, utiles à la compréhension de la rencontre, sont déposés. Tous les autres entretiens remettront au travail, positif ou négatif, ce qui aura été déposé dans le premier entretien.

·  Quelles sont les modalités de la rencontre ?

Faut-il voir l’enfant seul ? Les parents seuls ou l’enfant et ses parents ? Selon les psychologues les choix sont différents et variables.

Il faut favoriser la rencontre clinique avec la famille et l’enfant avec exception pour les adolescents où il est souhaitable de recevoir l’adolescent seul puis ses parents même s’ils se mettent à l’écart ou ont été mis à l’écart comme pour l’exemple des enfants placés où ils arrivent le plus souvent avec leurs éducateurs référents.

Le psychologue travaille à rencontrer la famille. Pour ce faire, il doit toujours être en accord avec l’institution et les familles d’accueil. Il faut éviter de trop suivre les mouvements de mise à l’écart institutionnel.

· Faut- il suivre le discours et l’exclusion de l’un des deux parents ? 

NON car éthiquement, légalement, il faut faire un travail partagé surtout quand l’autorité est encore partagée. Le père a toujours sa place et il ne faut surtout pas s’engager dans un secret concernant la prise en charge de l’enfant. Il est nécessaire d’informer le père sur la mise en place d’un éventuel travail et ne pas se positionner dans une résistance avec l’un des deux parents.

Il faut requalifier la place du père et réintroduire une référence au tiers c’est à dire redonner une place au visage paternel.

Si l’on rencontre les parents sans l’enfant, alors on confirme un fantasme percécutif de celui-ci et l’enfant pense que les adultes disent du mal de lui et il devient difficile de nouer une alliance et le transfert devient difficile.

Le psychologue renforce un sentiment que le monde des adultes et celui de l’enfant sont complètement différents et séparés. Cela suppose que l’intérêt des parents prime sur le sien. On peut souvent observer que les parents en profite pour nous livrer des secrets et des non dits qui sont jamais sans lien avec la souffrance de l’enfant.

Cette rencontre sans l’enfant rend impossible la mise au travail du matériel déposé.

C’est une sorte de « pacte du silence » qui s’est établi sans l’enfant qui noue la souffrance de l’enfant dans l’indicible et bloque ainsi tous les processus thérapeutiques. Cela fausse les données de la relation.

Il faut éviter de recevoir les parents sans l’enfant lors du 1er entretien. Mais la situation clinique fait que parfois, le psychologue doit rencontrer les parents seuls. Cela peut signifier aussi que les adultes et les enfants ne peuvent pas non plus tout partager. Cela peut avoir du sens et présenter un intérêt thérapeutique pour marquer la différence des générations à l’enfant.

Il existe bien souvent une pression des parents, qui présentent une grande détresse et recherchent un soutien.

Le clinicien ne doit pas être indifférent envers les parents mais il faut  donner la place centrale à l’enfant. Cela exige plusieurs stratégies comme arriver à convaincre les parents à reprendre les points abordés avec l’enfant. C’est la question de la restitution du secret de la rencontre. On doit pouvoir recueillir la parole des parents pour mieux recueillir la parole de l’enfant.

Si l’enfant est reçu en 1er sans ses parents il peut ne pas se sentir autorisé à échanger avec le psychologue et il ne devient pas le témoin d’une alliance entre le psychologue et ses parents. Les parents peuvent aussi le vivre mal et penser qu’ils ne comptent pas dans les 1er temps de la rencontre. Si l’enfant est vu seul, cela provoque une blessure narcissique et un sentiment que le psychologue a organisé un « rapt » de l’enfant.

Si on voit l’enfant seul c’est aussi pour indiquer qu’on ne néglige pas le fait que c’est l’enfant qui est souffrant. Pour lui, c’est assurer que l’on proposer une écoute, un espace psychique privé, une complète disponibilité.

Les jeunes enfants ont besoin de se familiariser avec les lieux, les gens, le personnage que représente le psychologue. La situation est surprenante pour l’enfant car c’est une rencontre avec un adulte inconnu mais il est aussi curieux, c’est donc une expérience émotionnelle qui n’est jamais anodine. C’est aussi un moyen de se rendre compte que ce n’est pas dangereux et se sent sécurisé pour rencontrer le psychologue.

Selon WINNICOTT, rencontrer l’enfant seul est nécessaire pour ne pas être parasiter par les informations qui apparaissent objectives apportées par les parents. Toutefois, cela est rare car on a toujours des informations qui parasitent (comme les dossiers médicales, les prises de RDV…). Il est donc préférable de pas lire le dossier médical avant et être le plus disponible et laisser les sujets se présenter comme ils le souhaitent.

2-Les différences entre l’entretien clinique de l’enfant et celui de l’adulte.

· La 1ere différence essentielle : c’est que dans la rencontre avec l’enfant, il est possible d’avoir d’autres personnes que lui-même. Cela oriente vers un échange à plusieurs voix et un emboîtement de plusieurs demandes.

Cela interroge le dispositif du psychologue et la réflexion sur la place accordée à l’entourage.

· La 2e différence : avec l’enfant, il y a la question de l’alliance thérapeutique plus complexe car il y a un double versant (parents et enfant).

· 3e différence : on s’entretien avec l’enfant dans un champ de communication beaucoup plus vaste qui suppose une attention particulière aux messages non verbaux, aux interactions, aux médiations comme le jeu ou le dessin.

· 4e différence : le psychologue est parfois contraint à s’engager corporellement dans l’action du jeu et le dessin.

· 5e différence : l’écart générationnel est posé entre le psychologue et l’enfant et cela renforce la dimension asymétrique de la rencontre. Les modalités de contact sont liées à la personnalité du psychologue plus qu’à celle de l’enfant.

3- Les précautions que doit prendre le clinicien dans la rencontre clinique.

On parle de la notion d’échange, d’émotion. Le psychologue doit créer un climat de rencontre, de confiance, de bienveillance et de neutralité. Il ne faut pas être hypocrite et ne pas montrer de tolérance plaquée mais un effort actif pour ne pas entraver, par sa problématique personnelle, le travail clinique, c'est-à-dire renoncer à tout désir actif de séduction à l’égard de l’enfant, toute attitude éducative et rester disponible à l’échange au jeu avec l’enfant, qui peut s’organiser avec les parents en présence. Il faut accepter d’être mis à l’écart par l’enfant, accepter son silence et ses réticences. Mesurer l’importance pour l’enfant de jouer seul sous le regard du clinicien non participant.  C’est une sorte d’apprivoisement de la rencontre.

Le clinicien doit ajuster le bon niveau de communication avec l’enfant et ménager une écoute aux parents quand les parents sont présents.

Il est donc difficile d’être attentif face à ce petit groupe (enfant et parents). C’est souvent l’enfant qui s’efface pour jouer en arrière scène et peut réapparaître subitement en fonction de la dynamique de l’échange qui s’instaure entre le clinicien et les parents. L’enfant y est d’ailleurs très attentif.

Le clinicien doit se laisser aller à ses intuitions de compréhension mais il ne doit rien dire tout de suite à l’enfant et sa famille. Il faut laisser parler l’enfant, le laisser jouer c’est ce qui doit être favorisé dans cette rencontre ainsi qu’une liberté de parole, de mouvement de la part de l’enfant.

L’échange avec le psychologue ne doit pas devenir un espace ressemblant à un confessionnal. Il faut veiller à ce que l’enfant ne se livre pas trop d’un coup afin qu’il ne se sente pas perdre sa cohérence et son unité.

De plus, l’aménagement défensif de l’enfant doit être respecté pour éviter tout vécu d’effraction comme une curiosité intempestive de la part du clinicien, des attitudes interprétatives, sauvages, précoces ou inadaptées.

S’il y a trop de souffrance, de paroles dans la rencontre, cela peut provoquer un regret de l’enfant le pousser à se laisser aller à des résistances dans l’échange pour les entretiens suivants.

4- L’attitude d’observation , d’exploration de l’enfant. 

La plupart des enfants ont d’abord une attitude d’observation, d’exploration, d’orientation, d’investigation. Les enfants commencent à explorer le nouvel environnement plus ou moins activement (il regarde autour de lui, il se déplace pour repérer les jouets à sa disposition…). Cela lui permet de tester les règles du cadre et ainsi des mouvements de familiarisation pour se sentir contenu, en confiance dans cet espace inhabituel.

Le psychologue doit être tolérant et encourager l’enfant dans son mouvement d’exploration. Cela suppose qu’il doit expliquer ce qui est possible et impossible sans que cela relève d’une référence au champ symbolique.

5- L’offre d’échange à l’enfant.

Le clinicien doit s’engager dans une offre de communication vraie, authentique et proposer un échange approprié à son âge et c’est l’enfant qui s’empare ou non de cette offre d’échange.

Le psychologue ne doit pas rester passif. Il doit se manifester par son discours et dans l’action du jeu avec l’enfant afin de favoriser le flux associatif, le recueil d’informations cliniques pour la compréhension de la problématique de l’enfant. Il ne doit pas se risquer à des interprétations mais doit être dans le soutien et la réassurance, dans une position d’étayage.

C’est une difficulté pour l’enfant de traduire de évènements de son passé et d’en faire un récit cohérent. Il ne sait pas dire comment et pourquoi il souffre et ne sait même pas très bien qu’il souffre car cela est le plus souvent ressenti par son entourage.

Les parents sont donc indispensables car ce sont les seuls qui peuvent témoigner de l’histoire de leur enfant. Les données recueillies vont permettre de réintroduire le vécu de la famille, de l’enfant, des parents à l’égard de l’ensemble et faciliter des hypothèses de compréhension. Toutefois, les informations ne doivent pas être un interrogatoire mais se collecter petit à petit au travers des rencontres.

Il apparaît des mécanismes particuliers car l’entretien est une situation nouvelle, angoissante pour l’enfant qui va être de plus ou moins intense, avec des processus comme l’identification, la projection, d’idéalisation le clivage, le transfert.

Le psychologue doit donc être attentif à tous ses mouvement.

Il doit être également attentif à ses propres mouvements internes (contre-transfert…) et recourir à un tiers s’il sent que ceux-ci perturbent les entretiens.

CONCLUSION.

En somme, la consultation psychologique auprès de l’enfant est complexe puisqu’elle met en jeu un système familial. Le psychologue doit alors veiller à prendre en compte l’enfant mais aussi sa famille.

De plus, comme dans toute consultation psychologique le psychologue doit être attentif à tout ce qui se joue (mouvements conscients et inconscients) chez l’enfant, la famille et lui-même.  Le psychologue doit toujours ainsi avoir du recul sur ce qui se vit. Il doit penser les choses.

Et il ne doit pas oublier que chaque rencontre est singulière et qu’il doit faire preuve à chaque fois d’écoute, d’empathie et de neutralité bienveillante. C'est une notion importante car le cadre doit être précisé afin de repérer les interactions et les processus qui s’opèrent dans la rencontre clinique.

Le cadre indique les limites. Il produit des repères, encadre la situation, contextualise, définit le champ de rencontre et les incidents qui en découlent.

Sans cadre, on est dans le « hors sens » pour la rencontre clinique.

Le cadre recouvre la notion de dispositif :

-le contexte institutionnel de la rencontre (public ou libéral).

-la question du lieu où se fait la consultation.

-le dispositif matériel de la rencontre.

-Les modalités temporelles de la rencontre et le rythme de celles-ci.

-Nombre, la formation professionnelle et les références théoriques du clinicien dans la rencontre (une ou plusieurs).

Le cadre vient s’actualiser au travers du dispositif et prend une dimension objectivable mais a aussi une dimension invisible et latente.

Le cadre est un non processus car la toile de fond est muette à l’avènement des processus. Les processus sont différents du cadre mais sont toutefois inter dépendants.

La fonction du cadre recouvre des investissements pulsionnels, dépose la satisfaction des besoins primaires, les éléments les plus archaïques du sujet. Il faut être très attentif aux situations où le cadre est en rupture car cela est porteur de sens. On parle alors de « rupture de cadre ».

Le dispositif s’organise en fonction du but, de la demande, et des nécessités de l’observation clinique