Maison de retraite et famille

L'entrée en EHPAD a des répercussions au niveau familial.

I. Entrée en maison de retraite et famille.


1. Annonce du placement.

Les membres de la famille éprouvent généralement des difficultés à assumer et à affronter cette situation.

D'ailleurs bien souvent, il leur est difficile voire impossible d'annoncer à la personne âgée son placement.

Il existe souvent une ambivalence dans ses sentiments:

1.1 Souffrance, culpabilité, sentiment d'échec.

D'un coté, les membres de la famille ressentent de la souffrance de devoir placer leur proche, avec la culpabilité qui peut l'accompagner, avec un sentiment d'échec, car ils confient le travail qu'ils n'arrivent plus à gérer, à des professionnels.

1.2. Soulagement.

De l'autre coté, il éprouve un sentiment de soulagement car sa prise en charge était devenue trop lourde à assumer.

Cependant, cette ambivalence peut être inconsciente et s'exprimer de manière détournée par de l'agressivité vis à vis de la personne âgée ou des soignants.

II. Maison de retraite et famille: la vie après l'entrée en maison de retraite.


1. Perte de repères.

La famille perd ses repères quand son proche arrive en maison de retraite. Des remaniements dans la cellule familiale s'opèrent . Un phénomène de renversement de générations survient. Les descendants prennent désormais en charge leur ascendant. Cette transformation des rapports à leur proche peut raviver des conflits anciens et engendrer des règlements de comptes, entraînant une dégradation des relations familiales.

2. Angoisse de mort.

L'institution représente souvent le dernier lieu de vie de la personne âgée. L'idée de mort est alors présente lors de l'entrée en EHPAD et par la suite. Or, il peut être difficile pour la famille d'anticiper la mort de leur proche. Cela les mettrait face à un sentiment de solitude, d'abandon, de vide et d'absence irréparable. Ainsi pour lutter contre cette angoisse, la famille met en place des défenses telles que le déni de la mort ou la dénégation.

2.1. Souffrance de la famille très présente.

Les familles peuvent exprimer leur angoisse de perte en adoptant des conduites ou ils cherchent à tout maîtriser, par le "nourrissage forcé" ou l'hyperstimulation par exemple, afin de maintenir la vie à tout prix et lutter contre cette angoisse de mort.

Ces conduites peuvent créer des tensions dans les relations entre la famille et la personne âgée car la famille nie les besoins réels de la personne âgée. Cette dernière peut alors adopter des attitudes d'opposition, de repli ou d'agressivité face à sa famille.

2.2. Souffrance de la famille peu présente.

A l'inverse de familles surinvesties, d'autres ne viennent jamais rendre visite à leur proche ou renoncent à la communication verbale avec lui, car leur souffrance peut être trop grande, ils ne peuvent faire face à leur angoisse et utilise la fuite comme moyen d'évitement.

Ainsi donc l'entrée en EHPAD peut occasionner une souffrance psychique familiale.

III. Famille et institution.

Cette souffrance familiale peut se répercuter dans les relations avec l'institution.

1. Agressivité des familles face à l'institution.

Agressivité et conflits envers les équipes peuvent apparaître. Ces comportements sont à mettre en lien avec les angoisses de la famille sur le devenir de leur proche et sur leur culpabilité du placement. Ils peuvent aller des critiques négatives à des accusations graves de maltraitances.

2. Attente des familles

Les familles ont également des attentes vis à vis de l'institution : éprouvant un fort sentiment de culpabilité d'avoir placé leur proche, elles n'osent bien souvent pas lui annoncer et elles espèrent alors que les professionnels arriveront à convaincre la personne âgée, là où elles se sont montrées défaillantes. La famille attend de l'institution du soutien et peut les percevoir comme les solutionneurs de cette crise familiale.

3. L'institution face à famille.

Nécessité de prendre en compte la famille dans l'institution, lui donner une place.

L'EHPAD doit veiller à favoriser les relations famille/personne âgée.

3.1. Continuité de soi.

En effet, la famille unit la personne âgée à ses racines et permet la continuité de soi, utile en cette période de perte d'identité.

3.2. Intégration de la personne âgée.

La famille permet à la personne âgée de favoriser son intégration au sein de l'institution. La famille peut en effet être le médiateur entre elle et les protagonistes de l'institution (soignants, résidents). La personne âgée peut par conséquent se familiariser plus aisément à ce nouveau lieu de vie alors que bien souvent elle le percevait comme persécuteur et castrateur.

3.3. Que mettre en place avec les familles?

  • Nécessité de développer les relations famille/institution, en organisant des réunions(...), afin qu'une relation de confiance s'instaure entre eux et que les familles puissent être rassurées.
  • Nécessité que l'institution propose un accompagnement des familles. En effet, leur donner la possibilité d'exprimer leur souffrance, au travers de groupe de parole, d'entretiens ponctuels avec le psychologue par exemple, permet de soulager les familles et par la même d'améliorer les relations personne-âgée/famille, famille/institution et personne âgée/institution.

IV. CONCLUSION.

  • Nécessité de faire une place à la famille dans l'institution.
  • Nécessité de prendre en compte sa souffrance, de savoir la décrypter et d'allèger sa souffrance afin que le résident vive au mieux sa vie dans l'institution.